Un café, la lumière qui traverse les baies vitrées et un moment avec Progetti Specifici.
Anita Donna Bianco, Caterina Filippini et Silvia Margaria forment ensemble Progetti Specifici. Elles travaillent sur le processus créatif, la naissance et le développement des idées dans les domaines culturel et artistique. Elles génèrent des contenus qui se transforment en récits et en mémoires, en utilisant différents langages car elles croient fermement que la rencontre entre les disciplines produit quelque chose qu’aucune discipline ne pourrait accomplir seule.
À l’occasion d’Archivissima 2026, du 5 au 12 juin 2026, le DUPARC soutient l’exposition commissariée par Progetti Specifici à l’espace Ö Nordic Thing : un voyage dans l’archive intime et la recherche indépendante d’Arianna Lelli Mami. Au cœur du projet d’exposition se trouvent ses Cabinet Universalis et un univers de micro-architectures en céramique, de petits théâtres et de scénographies où des fragments naturels, des objets trouvés et des images sont déracinés de leur contexte pour être restitués à un nouvel ordre poétique. C’est une invitation à ralentir et à retrouver le temps du regard, en parfaite résonance avec le thème du festival de cette année, « Quello che non c’è » (Ce qui n'est pas là). Ici, le vide n’est pas une absence, mais une tension structurelle, une pause nécessaire entre les formes où la matière elle-même devient langage et, dans le silence, nous parle de nous.

Chaque projet naît d'un état d'esprit. Si vous deviez décrire l'atmosphère ou l'inspiration derrière votre travail, quelle serait-elle ?
« Le processus créatif comporte une phase invisible. Elle précède le résultat, dure plus longtemps, et presque personne ne la raconte. Ce temps intermédiaire, fait de tentatives, de remises en question, de fausses routes jusqu’à trouver la bonne, est ce qui nous intéresse le plus. Nous voulons raconter ce qui se passe quand une idée n’est pas encore une œuvre et que tout reste ouvert. Presque personne ne le montre, peut-être parce que cela semble peu présentable, ou peut-être parce que nous sommes habitués à voir les choses déjà accomplies. Nous avons décidé de nous arrêter là et de le rendre accessible. Nous le faisons également à travers les archives, que nous considérons comme un matériau vivant, à remettre en circulation et à rendre présent. »
Si toute votre histoire professionnelle (et personnelle) devait se résumer en une seule image, un objet ou un matériau qui vous représente profondément, quel serait-il et pourquoi ?
« Une grande table sur laquelle les choses s’accumulent avec le temps et, d'une certaine manière, se répondent. Des photographies côtoyant des notes manuscrites, des coupures de presse à côté d'enregistrements audio, des matériaux d’époques différentes qui n’auraient pas dû se croiser et qui se retrouvent pourtant là, superposés. C’est l’image qui se rapproche le plus de ce que nous faisons : rassembler des fragments qui risquent de se perdre, trouver le fil conducteur qui les relie, et les restituer sous une forme qui a du sens aujourd’hui. »
Ce magazine est feuilleté par des voyageurs, des esprits curieux et des hôtes qui croisent votre travail presque par hasard. Quels sont la pensée, la suggestion ou le petit questionnement que vous espérez laisser à ceux qui s'arrêtent pour observer votre projet ?
« Quiconque feuillette ce magazine est déjà, d’une certaine manière, une personne curieuse. Elle se trouve dans un lieu nouveau, a ralenti son rythme, observe des choses qu’elle ne cherchait pas nécessairement. C’est exactement le bon moment pour se demander : à qui appartient cette histoire ? Les histoires des lieux, des personnes, des processus créatifs appartiennent toujours à quelqu’un, mais elles prennent une autre dimension lorsqu’elles trouvent une oreille disposée à les écouter. Nous espérons laisser cette petite question en suspens. Une curiosité, l’envie de chercher les récits qui, d’ordinaire, ne parviennent pas jusqu’à nous. »
Turin est une ville aux multiples facettes. En tant que Turinoises, y a-t-il un coin de la ville, un petit rituel ou un détail découvert (ou aimé depuis toujours) que vous conseilleriez de vivre pour en savourer la véritable essence ?
« Il y a deux endroits, tous deux situés via Napione dans le quartier de Vanchiglia, que l’on ne trouve pas par hasard. Il faut aller les chercher, et c’est peut-être précisément cela qui les rend si turinois. Le premier est la Casa Mollino, que l’architecte a conçue dans les années soixante sans jamais y habiter un seul jour. Lorsque l’on y entre, on a la sensation de basculer dans une époque qui n’est pas la nôtre. Les tissus, les formes, la lumière, tout est calibré selon un désir précis. Le second est la Casa Museo Carol Rama : une artiste peintre, turinoise, anticonformiste, l’une des voix les plus libres du XXe siècle italien. Y pénétrer permet de comprendre cette capacité qu’a Turin de garder cachées ses plus belles pépites. Ces deux lieux se visitent uniquement sur réservation. »
En tant que partenaires et Turinoises, que représente pour vous le DUPARC et quelle est la nuance de ce lieu qui vous fascine le plus lorsque vous franchissez notre seuil ?
« Le DUPARC est l’un de ces endroits que nous connaissons depuis toujours, et pourtant, à chaque fois qu’on y entre, on remarque un détail qu’on n’avait pas vu auparavant. Peut-être parce qu’il est construit sur une logique qui s'éloigne de celle de l’hôtel classique : il y a une collection d’art qui traverse les espaces communs comme si elle avait toujours été là — Licini, Accardi, Carol Rama, Salvo, Mario Schifano — sans cartels ni parcours fléchés. Les œuvres habitent les mêmes pièces où l’on mange ou bien où l’on attend quelqu’un, ce qui change radicalement la manière dont on les regarde. C’est ce qui nous fascine le plus : le DUPARC ne s’explique pas, il vous laisse regarder et comprendre par vous-même. »
En savoir en plus: www.progettispecifici.com - @progetti_specifici